Les invasions malgaches à Mayotte
| Les invasions malgaches |
A PROPOS DE ANDRIANTSOLI, SULTAN DE MAYOTTE |
| Extrait de «
Jana na Leo » N°6 – 1988 |
Le 25 avril 1841 le sultan de Mayotte Andriantsoli
signait le traité du rattachement à la France. La mention de
cet événement est dans tous les manuels d'histoire, mais ce
que l'on connaît moins, c'est pourquoi ce Roi Sakalave était
devenu Roi de Mayotte. il faut donc pour cela empiéter sur l'histoire
de Madagascar et remonter trente ans dans le passé de la Grande Ile.
Le roi Malgache Radama commença à régner
en 1810 à la mort de son père Andrianampoinimerina. Doué
de talents militaires indéniables il entreprit systématiquement
la conquête des tribus qui n'étaient pas encore soumises. ?Ses
expéditions furent célèbres.
En ce temps là, et après une occupation malheureuse de Fort Dauphin
qui ne dura que 32 ans, la France ne possédait sur la côte orientale
de l'île que des comptoirs de traite. Seule, une petite garnison s'était
installée sur l'île Sainte Marie après que le chef Ratsimilaho
et sa fille la Reine Bety eussent cédé solennellement en 1750
leur île à la France.
En 1811, après la prise de Bourbon et de Maurice par les Anglais, ceux-ci
vont jouer un rôle déterminant sur la politique expansionniste
de Radama. Par l'entremise de leurs agents Tesage et Hastie, ils vont l'aider
à étendre sa domination.
En 1820 commencèrent les grandes expéditions contre les Sakalaves.
Les premières attaques furent un désastre pour les Hovas : 30
000 hommes périrent de la fièvre et de la famine. Mais Radama
y puisa des leçons utiles. A sa troisième expédition, il
soumit le Menabe et prit une princesse Sakalave parmi ses épouses. En
1822 Radama s'attaqua à la côte Est, en 1823 aux, Sihanaka puis
à Mananjary et en 1825 à Fort Dauphin. Mais tout en dirigeant
ses efforts sur les provinces où étaient établis des français,
Radama ne perdait pas de vue les Sakalaves du Nord. A la mort de Tsimaloma,
Roi de Boueni, Andriantsoli avait été reconnu Roi en juillet 1822.
Fils de Osa, Andriantsoli s'était fait musulman et avait pris pour cela
le nom de Soli (converti).
En 1822, dans le même temps que Radama envahissait le Ménabe, l'anglais
Nourse s'était présenté à Majunga et avait demandé
à Andriantsoli de rester en paix avec les Hovas. Celui-ci acceptant,
il lui avait remis un pavillon qui était le signe de l'union et qu'il
devait arborer. Cédant aux suggestions de l'anglais, il envoya à
Tananarive une délégation conduite par les chefs Mangatsa et Toumani
Ben Mari pour complimenter Radama. Arrivés à Tananarive ils furent
étonnés d'apprendre que le pavillon qu'ils déployaient
était celui de Radama et qu'ainsi ils faisaient leur soumission. Vexés,
ils interrogèrent le Roi qui leur répondit qu'il désirait
être reconnu comme souverain par Andriantsoli ou sinon que celui-ci se
prépare à la guerre.
Au printemps de 1824, Radama n'ayant obtenu aucune réponse favorable,
il se dirigea vers le Nord avec son armée. A l'approche dés Hovas,
Andriantsoli quitta Mahitsampanjava et se retira au milieu des palétuviers
à Nosikibondro. Puis il passa le fleuve à Ankaboka. Pendant ce
temps, les troupes de Radama se dirigeaient vers Majunga où commandait
la chef Antalaoha Hussein.
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| Andiantsoli (ou Andrian
Souli) revendit l'île de Mayotte à Passot pour le compte du
roi de France Louis Philippe. |
A Ambondro, Hussein refusa de reconnaître Radama comme
son souverain ; il fut mis à mort surplace le 2 juillet 1824. L'armée
continue vers Majunga où elle entra sans coup férir, les antalaola,
les arabes et les indiens ne demandant que la tranquillité nécessaire
à leur commerce. Il n'y eut de mécontents que les marchands d'esclaves
car leur trafic était officiellement interdit. A ce moment, Radama expédia
deux armées dans le pays.
La première s'avança au Nord vers Marofotoha où commandait
le chef Tsoara qui fut tué. L'armée opérant dans le Sud
était commandée par l'anglais Robin.
Ils traversèrent la Betsiboka en boutres et attaquèrent et tuèrent
Tifindraza. Andriantsoli se rendit alors. Il fut mis en résidence surveillée
du côté de Marovoay en conservant son titre de Roi. La conquête
du Bouéni terminée Padama fit un grand kabary "la guerre
est finie dit-il, déposez vos sagaies et vos fusils et cultivez le sol.
Sinon vous serez sans père ni mère car les joncs poussent de la
terre et l'or et l'argent ne tombent pas du ciel". Puis il quitta le pays.
En 1825, les événements se gâtèrent
et les Sakalaves n'acceptaient plus la présence des troupes Hovas. Plusieurs
garnisons furent égorgées et Andriantsoli engageait la population
à secouer le joug. Les insurgés se portèrent sur Majunga
où commandait le général Ramanetaka. L'attaque échoua
et Andriantsoli s'enfuit vers le Nord, à Amorontsangana. Malgré
une résistance opiniâtre il ne put contenir les troupes Hovas.
Le 13 avril 1826 il s'était replié sur Karakajoro et il apprit
que Ramanetaka l'attaquait par la mer. Il prit un boutre et s'enfuit vers Mayotte.
Mais poussé par le vent il aborda à Zanzibar où il resta.
En juillet 1028, Radama mourut. Lorsqu'il apprit sa mort Andriantsoli revint
à Madagascar et sa sœur Ouantitsy lui remit le pouvoir. Il s'installa
à Amorotsangana et reprit les hostilités. La nouvelle Reine des
Hovas Ranavabona consolida son autorité en faisant assassiner les compétiteurs
éventuels. Ramanetaka, Gouverneur de Majunga et cousin de feu Radama
comprit le sort qui l'attendait. Il s'embarqua sur des boutres arabes avec ses
esclaves et quelques fidèles et se réfugia à Anjouan. Nous
le reverrons plus tard Sultan de Mohéli. Une armée Hova de 7000
hommes se dirigea sur Amorotsangana. Les deux armées se rencontrèrent
dans la plaine de Pereny le 30 août. On se battit avec acharnement et
le général Sakalave Roussi fut tué et son second Tofotsy
eut la jambe fracassée. Les Sakalaves se débandèrent et
devant ce désastre Andriantsoli prit la fuite et se terra dans les bois.
Les Hovas ravagèrent tout le pays. Fatigués de la guerre, les
Sakalaves prirent Ouantitsy comme Reine et Andriantsoli s'expatria encore une
fois et partit pour Mayotte le 15 juillet 1023, définitivement. La guerre
n'en finit pas pour autant et il fallut attendre 1840 date à laquelle
la Reine du Bouéni, Tsiomeko et le Roi des Antankara, Tsimiharo passèrent
une convention de protection avec la France.
ULYSSE
SOURCES : Tantara my Andriana, Documents Amico.
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