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Immigration clandestine à Mayotte (L'immigration clandestine à Mayotte)


 
 
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Immigration clandestine à Mayotte

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Crédit photo : E.T./Malango
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A Mayotte, s'il existe un consensus, c'est bien celui qui consiste, de tous côtés, à crier 'haro sur le baudet!'. Les politiciens locaux trouvent dans ces immigrés clandestins un bouc émissaire pour masquer leurs incompét
 
Même si tous les départements et territoires d'outremer sont confrontés à l'immigration clandestine, le cas de Mayotte est particulièrement épineux. Une épine qi ne cesse de croître d'année en année, servant de prétexte à ceux qui disent qu'elle empêche Mayotte d'avancer. Avancer vers quoi? La chose est bien connue ici : ce sont les clandestins qui ont construit et continuent de construire Mayotte! Mais chut! Il ne faut surtout pas le dire! Car, c'est cela aussi Mayotte : quand on parle d'immigration et de clandestins, elle devient le royaume de l'hypocrisie.

En quelques mots rappelons l'histoire récente des Comores : en 1974 et 1975 sont organisées des élections afin de décider si les Comores vont voler de leurs propres ailes ou rester dans le giron de la France. La réponse était bien entendu contenue dans la question. Mais le gouvernement en place à l'époque (sous la présidence de Valéry Giscard-d'Estaing) allait se trouver face à plusieurs facteurs inconciliables, dont :

  • sauvegarder les intérêts de la France dans la région (et sauvegarder les réseaux d'influence!...). Bien sûr, la Réunion n'est pas loin, mais il faut rappeler qu'à cette époque les Caraîbes françaises étaient secouées par des velléités indépendantistes et que certains groupes commençaient à se faire entendre à la Réunion...
  • l'animosité entre Mayotte et Grande Comore allait fatalement se terminer dans un bain de sang dès que les français auraient quitté la région. Cet élément est rarement rappelé : Mayotte n'avait toujours pas "digéré" le transfert du centre décisionnel des Comores de Dzaoudzi vers Moroni en 1966, avec tout ce que cela comportait de privilèges et de facteurs de développement. Mayotte s'était retrouvée du jour au lendemain reléguée au rang d'annexe au même titre que Mohéli. C'est tout dire. Les collèges allaient se construire à Moroni, à Anjouan, mais Mayotte resterait en dehors de ce développement, en raison de sa faible population et, quitte à froisser certaines susceptibilités, du faible niveau culturel de ses habitants. Il y a bien longtemps que l'administration des Comores repose en grande partie sur les Anjouanais et cela reste vrai encore aujourd'hui. A tel point que la crise de 1997 a posé d'énormes problèmes à l'administration de Moroni quand les fonctionnaires anjouanais ont quitté Moroni pour rejoindre leur île d'origine. C'est à ce moment-là qu'on s'est rendu compte du rôle énorme tenu par les Anjouanais dans le fonctionnement de l'ensemble de l'archipel.

Abdallah, chef de file des indépendantistes comoriens, dans un baroud d'honneur incompréhensible, (mais probablement lié à son appétit du pouvoir : en faisant le forcing avec la France, il se posait en champion de l'indépendance des Comores et devenait un chef d'état "évident"), aura la mauvaise idée de déclarer unilatéralement l'indépendance des Comores, à quelques mois de l'obtention d'un "divorce par consentement mutuel"! Il n'en a pas fallu plus pour que le gouvernement trouve une excuse morale pour ce que l'on peut appeler un "coup fourré" envers le nouvel homme fort de Moroni : organiser des élections île par île, sachant très bien que Mayotte voterait pour le maintien de l'île au sein des territoires d'outremer non pas pour les beaux yeux des français mais parce qu'elle n'avait rien à gagner à devenir ce que certains politiques de l'époque n'hésiteront pas à qualifier de "colonie de Moroni". De toutes façons, on avait suffisemment travaillé à cela. L'indépendance des Comores a surtout été une campagne d'intoxication de part et d'autre. Les électeurs ont rarement voté en toute connaissance de cause! Nombre d'entre eux le reconnaissent aujourd'hui, directement ou par enfant interposé. La démocratie, c'est bien beau... quand on a donné des armes aux électeurs pour qu'ils accomplissent leur devoir civique en toute connaissance. Ce qui était loin d'être le cas.

Les Mahorais ont-ils eu tort? Financièrement parlant, certainement pas quand on voit dans quel état de délabrement économique se trouvent les Comores aujourd'hui. Pouvait-il en être autrement? Non! Avis tranché, certes, mais combien logique : comment un archipel de quelques centaines de milliers d'habitants perdu au milieu de l'océan pouvait-il s'en sortir alors que l'Europe et la mondialisation se mettaient en place pour créer de nouveaux ensembles géographiques ou économiques toujours plus tentaculaires. Comment des pays comme les Comores, le Cap Vert, Haiti ou autres peuvent-ils lutter contre l'hégémonie des plus grands? Quelles armes ont-ils? Aucune! Pas de richesse naturelles, pas de minerais et ... pas de pétrole! On aurait au moins pu leur laiser le choix de leur mode de développement et de modèle de société, mais ceci est une autre histoire...

Jusqu'en 1992, les Comoriens pouvaient aller et venir entre les îles sans formalités particulières et... sans visa!. A cette date, M. Balladur, alors Premier Ministre, devant l'augmentation du nombre de comoriens s'installant de façon durable à Mayotte, a instauré l'obligation du visa pour les ressortissants comoriens désireux de se rendre à Mayotte. Loin de calmer cet afflux, cette nouvelle mesure n'a fait que l'amplifier : tout ce qui est interdit est tentant, c'est bien connu.

Soyons clairs : le problème de l'immigration à Mayotte est un problème INSOLUBLE. Comment peut-on espérer empêcher la circulation entre des îles qui partagent le même destin depuis des siècles? Le même destin, la même culture. Bref, il s'agit d'une seule et même famille! Quoi qu'en disent une majorité de mahorais. Comment pouvoir espérer empêcher un père d'aller voir son fils, un fils d'aller voir sa mère, sa grand-mère, une femme d'aller voir son mari? Alors que de tous temps, les hommes et les femmes sont allés d'une île à l'autre. La seule solution consisterait à entourer le lagon de fils barbelés et de miradors. Alors peut-être, on jugulerait ce que trop de "responsables" mahorais qualifient de "fléau".

Ça ferait mauvais effet et guère vendeur auprès des touristes.

Résoudre le problème de l'immigration clandestine?

Avant d'espérer résoudre un problème, il faut le poser. Clairement et sans jeter un voile pudique sur certains aspects. Question de base : pourquoi les Comoriens viennent-ils à Mayotte?

  • pour espérer gagner un peu d'argent
  • pour se faire soigner
  • pour l'éducation des enfants
  • pour rendre visite à la famille

Sur le premier point, il n'y a guère de solution à apporter, sauf à rêver que les Comores sortent enfin du marasme économique, chemin sur lequel elles ne semblent pas être près de s'engager... et vers lequel on ne les aide guère.

Sur les deux points suivants, l'éducation et la santé, des solutions existent. On entend souvent à Mayotte : "on est obligé de construire des écoles pour les étrangers". Sans s'appesantir le terme "étrangers" utilisé, si cela est exact, et ça l'est puisque, effectivement, la construction des écoles s'appuie sur le nombre d'enfants scolarisables qui incluent donc les enfants non français, la réponse est simple : il suffit d'aller construire les écoles sur les autres îles. Simpliste? Peut-être mais surtout de bon sens. Bien que les écoles existent. Il s'agirait plutôt de financer tout ou partie de leur fonctionnement. La France finance bien d'autres structures aux Comores, à commencer par la garde présidentielle...

Pour l'année 2004, la France va débourser pour la chasse aux clandestins à Mayotte plusieurs MILLIONS D'EUROS (deux millions pour financer une seule opération de la marine nationale dans les eaux mahoraises!!!). Pour quel résultat? Néant. Comme les plans qui ont précédé. C'est réellement mettre un cataplasme à une jambe de bois, ou, comme le disait si justement M. Bamana, ancien Président du Conseil Général : jeter l'argent au lagon.

Si l'on estime à cinq millions les sommes qui vont être déboursées cette année (chiffre forcément approximatif puisque l'opacité la plus complète entoure ce budget - voir les projets annoncés par Brigitte Girardin lors de sa visite à Mayotte en début d'année 2004), on peut s'amuser à faire un calcul riche d'enseignements. La population des Comores est, à peu de chose près de 500.000 habitants, soit 200.000 enfants en âge d'être scolarisés, en étant large. 5.000.000 d'euros / 200.000 soit 25 € par enfant. Si l'on estime le nombre d'élèves par classe à 35, ce qui est très raisonnable, on arrive à 25 € x 35 = 875 €. Avec 875 €, on en fait des choses aux Comores! On a déjà là une partie du financement du fonctionnement de TOUTES les écoles des Comores!

Tout le monde est d'accord sur un point : la résolution de la problématique de l'immigration clandestine passe forcément par la coopération régionale. Qu'attend-on pour la mettre véritablement en place, autrement qu'au travers de matches de football? Les budgets alloués à Mayotte par la France ne sont utilisés qu'à 35 - 40% contre 95 à 97 % pour les autres régions d'outremer. Par manque de projets! Qu'on injecte ces sommes dans une véritable politique de coopération régionale en finançant directement des projets de village, comme ceux qu'on peut voir à Mohéli et surtout qu'on cesse de dilapider l'argent du contribuable en utilisant des missiles pour écraser des mouches!

Si l'on parcourt la loi de finance 2003, on constate, tout comme dans l'allocution de Brigitte Girardin lors de sa dernière visite, que la coopération régionale ne prend que deux petites lignes en fin de page... Une pleine page consacrée à présenter toutes les mesures coercitives sensées lutter contre l'immigration clandestine... Tant que cette proportion ne sera pas inversée, le problème ne sera ni résolu, ni même résolvable...

D'un autre côté, cette coopération régionale aura vite fait de ressembler à une "recolonisation" : rares sont les états qui en financent d'autres sans exiger un "retour sur investissement"...

Moralité : les gouvernements qui se sont succédés à Matignon depuis 1974 ont souvent dû se dire : "qu'allions-nous faire dans cette galère?"

E. Trannois - 2001-2002-2003-2004-2005

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