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L'immigration clandestine : rapport sénatorial
Extrait du rapport législatif
du Sénat
(BALARELLO (José)
RAPPORT 361 (2000-2001) - commission des lois
5.
Une immigration importante génératrice de tensions
Mayotte appartient à une sous-région historiquement marquée
par l'existence de flux importants de population nourris par des liens familiaux,
ethniques et culturels forts.
Cependant, le développement économique et social
de l'île et l'amélioration des services publics, associés
à l'instabilité institutionnelle de l'archipel des Comores (19
coups d'Etat en 24 ans d'indépendance) et à la sécession
anjouanaise depuis 1997, ont substitué à un phénomène
naturel de circulation des populations des îles du canal du Mozambique
un phénomène majeur d'immigration à finalité économique
vers Mayotte depuis 10 ans.
Il y a environ 20.000 étrangers en situation régulière,
dont 86% de Comoriens.
Cette évolution va sans doute s'amplifier du fait de
l'entrée en vigueur le 1er mai 2001 des dispositions de l'ordonnance du
26 avril 2000 remplaçant celles du décret du 21 juin 1932. Si les
règles relatives au regroupement familial ne seront applicables qu'au
1er janvier 2006, l'ordonnance du 26 avril 2000 constituera un cadre légal
plus protecteur des droits individuels des étrangers et il est à
prévoir de nombreuses demandes d'asile. Une zone d'attente a par conséquent
été installée à Dzaoudzi.
Les estimations concernant le nombre de clandestins oscillent
entre 15 et 30 000 personnes. Ils se concentrent dans les villages de peuplement
historique anjouanais et y constituent de véritables bidonvilles dépourvus
d'eau, d'électricité et d'assainissement.
L'immigration régulière et clandestine à
Mayotte représente ainsi entre 35 et 50 000 personnes, sur une population
estimée à 149 000 habitants par l'INSEE au 1er janvier 2000.
Alors que l'île connaît une démographie
explosive (+5,8%) qui la conduira à 250.000 habitants en 2010 et à
350/400 000 habitants en 2020, le contrôle de l'immigration est un enjeu
vital.
Toutes les personnes que votre rapporteur a rencontrées
au cours de sa mission ont été unanimes sur ce point, qu'il s'agisse
des élus ou des fonctionnaires en poste à Mayotte.
Il ne faut pas oublier que depuis 1997, on estime à
4.000 le nombre de morts dus à des naufrages de Kwasa-kwasa, ces barques
souvent surchargées servant à transporter des clandestins.
Par ailleurs, si la société mahoraise s'est toujours
caractérisée par la cohabitation pacifique de plusieurs communautés,
africaine, malgache, européenne, des tensions commencent à se faire
sentir. L'immigration clandestine constitue donc un puissant facteur de déstabilisation
sociale au sein d'une société très vulnérable du
fait de la rapidité et de l'ampleur des mutations qui la traversent.
Plusieurs incidents ont montré que la situation pouvait
dégénérer. L'annonce par l'administration de contrôles
sur la régularité du travail a conduit des employeurs mahorais
à licencier brutalement (la plupart du temps sans les payer) de nombreux
travailleurs clandestins, qui ont alors organisé une grande manifestation
à Sada, qui a fortement marqué les esprits.
En août 2000, une manifestation d'Anjouanais réclamant
la levée de l'embargo a rassemblé 10.000 personnes à Mamoudzou
(dont une grande majorité de femmes), ce qui est considérable.
De plus, des phénomènes d'exclusion d'enfants
anjouanais dans les écoles ont été signalés.
En outre, le coût de l'immigration clandestine à
Mayotte est de 100 millions de francs au minimum par an, dont 76 millions pour
les services de santé. Les Anjouanais représentent 30% des personnes
soignées dans les dispensaires et 50% des naissances dans les maternités,
80% à la maternité de Mamoudzou.
Face à cette situation, une politique active de contrôle
de l'immigration a été mise en place depuis quelques années.
En 1999, 7.885 reconduites à la frontière ont été
opérées (contre 5.611 en métropole), soit une augmentation
de plus de 30 % par rapport à l'année passée. L'obligation
de visa préalable pour les ressortissants comoriens se rendant à
Mayotte a été rétablie depuis 1995 et les moyens de surveillance
des côtes renforcés.
Le régime en matière de conditions d'entrée
et de séjour des étrangers étant obsolète et inadapté
au contexte de l'immigration dans cette collectivité, l'ordonnance n°
2000-373 du 26 avril 2000 relative aux conditions d'entrée et de séjour
des étrangers à Mayotte, qui est entrée en vigueur le premier
mai 2001 (et s'inscrit dans le cadre de l'Accord sur l'avenir de Mayotte, signé
à Paris le 27 janvier 2000), a prévu la mise en place de procédures
de maintien en zone d'attente, d'expulsion et d'interdiction du territoire ainsi
qu'un arsenal de sanctions pénales.
L'ordonnance du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée
et de séjour des étrangers en France ne s'appliquait pas à
Mayotte, qui restait soumise en ce domaine à un décret de 1932
relatif à Madagascar et à la loi du 3 décembre 1849 sur
les reconduites à la frontière. Les passeurs ne pouvaient ainsi
être poursuivis que pour mise en danger de la vie d`autrui. Quelques adaptations
avaient pu être opérées par voie d'ordonnances ou à
l'occasion de textes portant diverses dispositions relatives à l'outre-mer,
en particulier en matière de rétention administrative.
Enfin, les pouvoirs publics s'efforcent de lutter contre l'important
trafic de faux documents par la réforme de l'état civil et la création
de fichiers, la mise en place de la carte nationale d'identité sécurisée,
la sécurisation du passeport et des titres de séjour étant
à l'étude.
Un « plan lagon » a été dressé
par la préfecture visant à renforcer les moyens nautiques de surveillance
des passes par l'acquisition de nouvelles vedettes et la construction de sémaphores
dotés de radars. Cependant, le financement de ces mesures paraît
bloqué. Votre rapporteur appelle donc le Gouvernement à considérer
avec attention ce problème, qui conditionne dans une large mesure les
progrès réalisés par Mayotte.
Néanmoins, cette politique de répression est
illusoire, les personnes renvoyées aux Comores revenant toujours. Il paraît
donc plus opportun de mener des actions de développement sur place, une
des motivations principales de la venue d'étrangers à Mayotte résidant
dans la qualité des soins dispensés à Mayotte et dans leur
gratuité. Il convient également de rappeler que l'acquisition de
la nationalité française ne s'opère pas du seul fait de
la naissance sur le territoire français.
Les échanges avec les îles de la République
Fédérale islamique des Comores doivent par ailleurs dépasser
la simple aide sanitaire et être un vecteur de développement économique
et culturel commun.
Plusieurs actions ont d'ores et déjà été
initiées en faveur de rencontres sportives, de visites et missions dans
les domaines de l'agriculture, de l'environnement terrestre et marin et d'échanges
économiques. Les projets à venir devraient s'articuler autour du
soutien et de l'accompagnement de visites de prospection d'entrepreneurs mahorais
appartenant au GPM (groupement patronal mahorais), la reprise, après contrôle
sanitaire et organisation de la production et la commercialisation, des importations
de Mayotte en produits alimentaires végétaux, l'étude de
projets de filières à l'échelle régionale (Groupe
Bourbon, produits de grande distribution...), des conseils et ingénierie
en équipement, la construction de retenues collinaires (sortes de barrages
destinées à recueillir l'eau de pluie) et logements sociaux notamment,
ainsi que l'offre de services du port de Longoni pour une activité de
transbordement vers les îles voisines.
L'amélioration de la situation politique aux Comores paraît de
bonne augure.
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