Le
droit musulman (le fiqh) est la science religieuse qui a pour objet l'interprétation
de la loi islamique (la Charia). C'est en quelque sorte la jurisprudence de
la loi. Au début de l'époque abbasside (VIII° siècle),
se constituent les quatre grandes écoles juridiques qui vont élaborer,
à partir de la loi islamique, le droit musulman. Ces écoles
se partagent, jusqu'à nos jours, le territoire musulman : l'école
hanéfite, l'école malékite, l'école châféite
et l'école hanbalite. Ces noms viennent des maîtres (cheikhs)
qui les ont fondées.
*
L'école hanéfite, fondée par Abû Hanîfa
(Iranien mort en Irak en 767), a toujours eu la préférence des
musulmans non arabes. Son fondateur est considéré comme le théoricien
de l'opinion personnelle, faisant de l'estimation personnelle une des sources
du droit musulman.. Cette école est suivie aujourd'hui notamment en
Turquie, Syrie, Jordanie, Inde, Pakistan, Bangladesh, Afghanis- tan et dans
les pays musulmans d'Asie issus de l'ex-URSS (Azerbaïdjan, Kazakhstan,
Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan ).
* L'école malékite, fondée par Mâlik
ibn Anas (Arabe mort en Arabie en195), s'appuie beaucoup sur les traditions
orales (la Sunna). Son originalité est de faire intervenir la notion
d'intérêt public. Elle est dominante en Afrique du Nord et Afrique
noire. Cette école est suivie aujourd'hui notamment en Algérie,
Tunisie, Maroc, Libye, Mauritanie, Gambie, Mali, Niger, Soudan, Sénégal.
* L'école châféite, fondée par
Châfi'i (né en Palestine et mort au Caire en 820), accorde une
large place au raisonnement juridique avec une méthode inspirée
de la logique grecque. Cela consiste à poser avec clarté les
sources de droit, en faire dériver les conséquences pratiques
permettant l'usage du raisonnement par analogie, de l'effort de réflexion
personnelle et de l'opinion personnelle du juge. Cette école est suivie
aujourd'hui notamment en Indonésie, Malaisie, Maldives, Somalie, Comores,
Liban, Palestine et en partie en Syrie et Égypte.
* L'école hanbalite, fondée par Idn Hanbal
(né à Bagdad et mort en 855) est la plus traditionnelle et rigoriste.
Elle exige une fidélité absolue aux textes et refuse violemment
toute innovation. Le wahhabisme, né au XVIII° siècle et
fondé par Muhammad ibn Abd al-Wah-hâb, dérive directement
de cette école. Ce courant est encore plus radical. il refuse : le
chiisme, le mysticisme, la théologie dogmatique, la philosophie, le
culte des saints, la musique, le théâtre, la poésie. Le
wahhabisme est aujourd'hui le rite officiel de l'Arabie saoudite et est également
observé au Qatar.
La religion islamique ne comporte pas de clergé et donc pas d'Église.
Il n'y pas d'intercesseur entre Dieu et le fidèle. Mais une fonction
très spéciale incombe aux docteurs de la loi qui définissent
de quelle manière les principes établis dans le Coran doivent
être appliqués.
Le droit islamique distingue trois catégories de délits et de
châtiments : Huddûd, dont les sanctions sont prévues parle
Coran, Qisas (Diya)et Ta'zir.

Huddûd
Il est admis qu'il y a six (certains spécialistes prétendent
sept) délits dont les sanctions sont prévues par le Coran :
le vol, le vol à main armé, les relations sexuelles illicites,
les allégations calomnieuses de relations sexuelles illicites, la consommation
d'alcool, l'apostasie et le septième, la transgression de l'autorité.
Les textes prévoient des règles strictes pour l'établissement
du délit par l'aveu et la preuve. Pour cette dernière, les textes
précisent le nombre de témoin, leur qualité, la teneur
de leur témoignage.
* Le vol (Al Sariqa) : le châtiment. est l'amputation
pour le vol de biens de quelque valeur.
* Le vol à main armé: (utilisation de la force
lors du vol) la crucifixion, ou l'amputation croisée (main et. pied
opposés tranchés ), ou l'exil, ou la peine de mort ou une combinaison
de ces peines.
* Les relations sexuelles illicites : elles doivent être
rapportées par quatre témoins oculaires masculins. Le châtiment
est de 100 coups de fouets pour les célibataires (hommes ou femmes
) coupables de relations sexuelles. Les hommes et femmes mariés, coupables
de relations sexuelles hors mariage seront lapidés à mort, après
avoir reçu 100 coups de fouet. D'après l'historien tunisien
Mohamed Talbi, la peine de la lapidation n'est pas citée dans le Coran.
Pour la justifier, les théologiens s'appuient sur un verset qui n'a
pas été inséré dans une sourate car il n'y en
avait aucune trace écrite et surtout parce qu'il n' a été
rapporté que par un seul compagnon du Prophète, ce qui en droit
musulman ne suffit pas en établir l' authenticité.
* Les allégations calomnieuses de relations sexuelles illicites
: la personne qui accuse des femmes, sans ensuite produire quatre
témoins, sera punie.
* La consommation d'alcool est punie de quarante à quatre- vingt coups de fouets.
* L'apostasie : délit passible de la peine de mort.
Cette peine peut toucher aussi bien celui qui déclare ouvertement sa
sortie de l'islam que tout musulman qui a un avis estimé hérétique.
* La transgression de l'autorité : il s'agit d'un
soulèvement ou d'une rébellion contre l'autorité légitime
ou contre le chef, avec recours à la force. C'est un délit passible
de la peine de mort.
Qisas et Diva
La peine de Qisas (châtiment égal au délit) s' applique
aux délits contre les personnes. Elle donne à la victime ou
à sont héritier le droit d' exiger une vie contre une vie, un
membre contre un membre, etc...
La Diya (prix du sang), c'est l'argent versé en compensation du sang
versé. Cette catégorie de châtiments s'applique au meurtre
(avec ou sans préméditation), aux voies de fait et à
l'homicide. Théoriquement la peine prévue pour le meurtre c'est
la peine de mort, les violences et voies de fait sont punissables d'un châtiment
égal à la faute commise. La Diya est appliquée de préférence
et est préférable si la victime ou sa famille accepte de se
montrer miséricordieuse et d'accorder librement leur pardon, ou de
recevoir compensation. Cette catégorie de délits et de châtiments
est régie par certaines règles, par exemple, l' accusé
dit être sain de corps et d'esprit; la mort du coupable éteint
tout recours.
Ta'zir
Ces peines (châtiments discrétionnaires) s'appliquent à
des délits (autres que Huddûd) soit de même nature dans
leur essence que les délits Huddud mais de moindre gravité,
soit considérés simplement comme des actes de corruption. Le
Ta 'zir est souvent invoqué quand les preuves ne sont pas conforment
aux normes permettant l'application des Qisas ou des Huddud. C'est un domaine
où le juge a le pouvoir discrétionnaire de prescrire des châtiments
basés sur la connaissance du Coran. De plus, il peut décider
qu'un acte est punissable même si la loi ne la considère pas
comme illicite. Les peines Ta 'zir visent essentiellement à la correction
du délinquant et à la dissuasion. Les sanctions peuvent. être
l'amende, l'emprisonnement, la flagellation ou la peine de mort. Pour la flagellation,
le nombre de coups doit être proportionnel à la gravité
du délit.