Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian
Paul, a affirmé, jeudi 25 Octobre, lors d'une allocution dans une mosquée,
que "Mayotte, collectivité musulmane française de l'océan
Indien, était "pour l'ensemble de nos concitoyens un modèle".
"Les Mahorais n'ont cessé, depuis 25 ans, de
prouver leur attachement à la République française, car
ils savent (...) qu'on peut être Musulman et républicain",
a dit le ministre devant la plupart des responsables religieux réunis
dans la mosquée du Vendredi de M'Tsapéré, la plus grande
de l'archipel.
Christian Paul était arrivé la veille pour
une visite de deux jours à Mayotte, dont les 160.000 habitants sont
presque exclusivement musulmans et où l'Islam occupe une place importante
dans la vie quotidienne et l'organisation de la société.
Les propos du ministre ont ensuite été traduits
en shimaoré, une majorité de mahorais ne parlant pas le français.
Avant le ministre, l'Imam Mouhtar Rachide a assuré
que "l'Islam est facteur de cohésion sociale", qu'il
"ne s'oppose pas au modernisme" et "n'a jamais
prôné la violence". Pourtant, a-t-il ajouté,
"il est tout à fait indiqué d'anticiper, et de s'interroger
sur une éventuelle émergence" de l'intégrisme
et de l'extrémisme à Mayotte, avec "leurs velléités
bellicistes".
Selon lui, les musulmans de Mayotte sont "convaincus"
qu'il n'y aura "pas de raison de craindre une montée extrémiste"
tant que "les Mahorais pourront apprendre et pratiquer leur religion
sans entrave".
Vif débat Pour cela, a-t-il expliqué, ils devront
continuer de suivre un enseignement coranique "dans les temps et
lieux les plus adaptés", pouvoir prier, faire le Ramadan
sans entrave, célébrer les mariages dans les règles,
appliquer les lois de l'héritage "à la lettre",
et constater que "la décence vestimentaire" est
respectée.
Christian Paul, qui a pris l'initiative de s'adresser aux
responsables religieux mahorais, a expliqué à l'AFP qu' "à
un moment où l'intégrisme est mis en cause, il est bien de réaffirmer
les principes que nous partageons" de tolérance et de laïcité.
Sa venue à la mosquée de M'Tsapere a toutefois
provoqué un très vif débat. Certains ont jugé
déplacé qu'un ministre prenne la parole dans un lieu de culte.
En dépit de la polémique, le préfet Philippe de Mester
a souligné qu'après "une longue concertation, tout le monde
était là" parmi les responsables religieux de l'archipel.
Selon le ministre, "l'Islam n'est pas un obstacle au
développement économique". "Les difficultés
économiques et sociales que rencontrent les Mahorais, a-t-il expliqué,
sont dues à la situation particulière de l'archipel", isolé
à 8.500 km de la métropole, "et à son histoire".
Après le début des bombardements américains
sur l'Afghanistan, le Grand Cadi de Mayotte avait affirmé que les auteurs
des attentats de New York et Washington devaient être punis, tout en
soulignant que ce type de riposte risquait de provoquer la mort de nombreux
innocents. Des propos hostiles aux Américains ont été
relevés dans certaines mosquées.