60% de la population de Mayotte a moins de 20 ans... Les effort importants fournis ces dix dernières années en matière d'enseignement n'ont pas encore, loin s'en faut, rattrapé des décennies de quasi abandon par l'administration française. L'enseignement à Mayotte se heurte à un problème de taille : 90% de la population ne parle pas le français. Le nombre de personnes le parlant de manière correcte est infinitésimal. De plus dans plusieurs villages de brousse, les insituteurs mahorais font la classe en shimaoré. Ce qui laisse imaginer le niveau en français à l'arrivée des élèves au collège, pour ceux qui vont jusque là. Un niveau alarmantLe niveau moyen d'étude des personnes âgées de vingt à trente ans va du CM2 (à seize ou dix-sept ans) à la cinquième (atteinte vers l'âge de vingt ans). Evidemment, les critères "sixième", "CM2" ou "cinquième" n'ont rien à voir avec ceux de la métropole. Le taux d'illétrisme est impressionnant.
Travailler dans ces conditions requiert un pouvoir d'adaptation peu commun pour les enseignants. Malheureusement, il ne semble pas que l'adaptation au terrain soit partout aussi ingénieuse. Pour nombre de foyers, le seul contact avec le français passe par la télévision et ses programmes les plus affligeants : séries américaines sur séries américaines à l'eau de rose. Ce qui n'est pas fait pour promouvoir la langue de Molière...

Des blocages culturelsIl n'est pas évident que tous les parents mahorais aient bien compris l'importance de l'école. Les familles ne poussent pas particulièrement leurs enfants à suivre des études. D'autant qu'il faut quitter l'île pour continuer après le BAC. Ce qui représente des dépenses que très peu de familles sont à même de faire, même si le système boursier est plus généreux qu'en métropole.
La culture islamique prise parfois par le petit bout de la lorgnette, aggrave ces blocages. Il n'y a pas si longtemps, certains parents refusaient d'envoyer leurs enfants à l'école des "mzungus", comme ils disaient, par crainte que leur progéniture soit "pervertie". Ces freins n'ont certainement pas complètement disparus, même si l'école est obligatoire comme partout en France.
Heureusement, la bourse d'étude versée à partir de la sixième aide à faire tomber les tabous. Elle est parfois le seul revenu des ménages.
Même les stagiaires, adultes, qui se pressent dans les nombreux centres de formation manquent singulièrement de motivation. Là aussi, il faut beaucoup d'imagination au formateur pour arriver à captiver un auditoire qui n'a pas été entraîné à se concentrer pendant deux heures sur un sujet.
Côté matériel, il faut souvent savoir faire avec des bouts de ficelles, mais cela n'est pas propre à Mayotte... Ici plus qu'ailleurs malgré tout. Les armoires à matériel, quand elles existent, sont souvent vides... Chaque classe reçoit pourtant une dotation annuelle d'environ 750 € pour l'achat de matériel.
Comme partout, il y a les écoles des beaux quartiers (Petite Terre, notamment) et les écoles de brousse. Et l'égalité des chances n'est pas encore pour demain. On ne peut donc pas compter sur un phénomène de "mimétisme" entre élèves de niveau social élevé et les autres... qui vivent dans des foyers où l'on n'a même pas été à l'école et où l'on ne parle pas un mot de français, où donc n'entre jamais un livre. Les décalages sont tellement énormes que ce phénomène de mimétisme ne pourrait avoir lieu. Au contraire, dans bien des cas, on assiste à un nivellement par le bas : les élèves les plus éveillés se retrouvent noyés et doivent souvent avoir l'impression de perdre leur temps.
Quelques écoles privées accueillent les élèves les plus fortunés et dispensent un enseignement de niveau à peu près équivalent à celui de la métropole.
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