Histoire contemporaine et état des lieux
Quel vent de folie souffle sur le petit (si petit!)
monde des médias à Mayotte en cet automne 2004? Les titres
naissent, disparaissent, renaissent... Au printemps, un nouveau
journal gratuit de petites annonces tente de se faire une place sur
un marché bien étroit et déjà tenu par deux supports : le
"Gratuit" édité par l'imprimerie Imprimah et le "97-6",
le vétéran qui accuse ses dix ans d'âge, édité par l'imprimerie
"NIM" qui fait preuve d'une bienveillance troublante
vis-à-vis de son coucurrent historique, Imprimah.... Le nouveau
support ne vit que quelques semaines...
En plein, été, une petite bombe secoue tout ce
petit monde : le Kwézi disparaît des kiosques, terrassé par un
passif estimé à 300.000 €. Avec une réactivité déconcertante,
le place est occupée par un nouveau support, "le Mahorais",
fondé par des transfuges du "Kwézi".
Dans le même temps, un "Titi Kwézi",
arborant le logo de feu Kwézi (?!?!) fait son apparition dans un
format plus petit et dans une formule hebdomadaire.
Quand on a une idée des moyens nécessaires au
lancement d'un nouveau titre, on se penche nécessairement sur les
actionnaires prêts à se risquer dans une telle aventure. Deux noms
sautent aux yeux : Mansour Kamardine, député UMP de Mayotte et
Michel Taillefer, chef d'entreprise et vice-président du MEDEF
Mayotte qui participe déjà au capital de "Mayotte Hebdo"...
Si aucune loi n'interdit à un homme politique d'avoir des intérêts
dans un média d'information, on imagine aisément les motivations et
l'impact que peut avoir une telle présence au sein d'une rédaction.
D'ordinaire, les présences politiques dans les médias sont plus
discrètes...
La presse mahoraise en danger?
Dans un numéro de rentrée en 2004, Mayotte Hebdo
publiait les résultats d'une enquête Ipsos qui ne peut qu'inquiéter
: 54% des Mahorais n'ont jamais ouvert un journal! C'est dire si le
marché est étroit. Si la chute du Kwézi peut s'expliquer par des
erreurs de gestion, elle met également en lumière la fragilité de
ce marché. Nul n'ignore que la presse écrite repose en grande
partie sur les revenus de la publicité. A Mayotte, les supports
gratuits se multiplient (le Gratuit, le 97-6, le Guide de Mayotte, le
Noctambule,...) sans que le marché publicitaire s'étoffe pour
autant. Devant un tel constat, on ne peut que s'inquiéter pour
l'avenir de la presse "indépendante" à Mayotte.
KASHKAZI : Un nouveau souffle ?
Et puis, en 2005, un nouveau titre vient secouer le
cocotier et la torpeur bienveillante de la presse locale. Une bande
d'urluberlus a l'idée saugrenue de fonder un journal destiné aux
QUATRE îles de l'archipel. Crime de lèse-majesté! S'abat alors sur
ce jeune confrère, à l'encontre de toutes les pratiques liées à
ce métier particulier, un cyclone médiatique. Tout le monde se
jette sur lui à bras raccourcis. A croire que ce nouvel espace
d'expression met en péril à lui tout seul le sacrosaint statut de
Mayotte. Comment! on ose laisser entendre que la départementalisation
n'est pas forcément le statut idéal pour Mayotte? Comment, on
laisse entendre que la présence française à Mayotte a des relents
de colonialisme? Mais c'est "remettre en cause la volonté et le
choix des Mahorais". Car c'est bien là qu'est le problème de
Mayotte (un des problèmes) : si l'on est pas AVEC, on est CONTRE. Et
le débat dans tout ça? Non, non, pas de débat! Les choses sont
comme ça et doivent le rester. Emettre des réserves, c'est "ne
pas aimer les Mahorais" !
Pour une fois, le journal ne sera pas imprimé à
Mayotte, mais en Union des Comores. Autre crime. Il faut savoir qu'à
Mayotte, tout ce qui vient des Comores Indépendantes, tout ce qui
touche aux Comores Indépendantes est tabou. Alors, un journal! Le
vecteur de la pensée et de la réflexion ne peut, ne doit pas venir
de l'ennemi, devenu héréditaire depuis quelques années, l'Union
des Comores.
Contre vents et marées, malgré l'hostilité des
politiques, des institutions, du monde économique, Kashkazi et sa
maxime, ô combien évocatrice ("les vents n'ont pas de
frontières, l'information non plus") suit son chemin et malgré
sa disparition en 2007, Kashkazi est resté la référence en
matière de presse dans la région.
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