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Le mariage d'Abdou : un mariage traditionnel à Mayotte (Reportages et témoignages)


 
 
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Le mariage d'Abdou : un mariage traditionnel à Mayotte

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le jeune couple doit "passer à l'acte", cerné par les fous-rires montant de la ruelle qui passe juste sous leur fenêtre
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Il est Grand-Comorien, elle est Anjouanaise, ils vont se marier à Mayotte... Il est couturier, elle fait des ménages. Ils ont la chance d'avoir une carte de séjour et vivent donc à Mayotte modestement, mais sans l'angoisse de se retrouver pris un jour dans une raffle et renvoyés dans leur "pays d'origine", sans même avoir la possibilité d'emporter leurs quelques affaires. Pour eux, pas de "Grand Mariage", juste un mariage tout simple, mais combien chaleureux, même si le poids de certaines traditions fait planer un parfum lourd d'appréhension sur la mariée...
 

maries
Photos : Nicole Gellot - Eric Trannois

Un mariage traditionnel à Mayotte

«Faut pas rêver»... Le générique de l'émission sort de la pièce voisine. Les hommes se sont réunis dans la cour tandis que les femmes découvrent à l'intérieur de la case les cadeaux qui vont être offerts à la mariée : principalement des bijoux. L'Islam (comme la plupart des religions) a installé une barrière nette entre hommes et femmes. Barrière qui peut aller jusqu'à des aberrations criminelles comme celles qu'on peut voir en Afghanistan. Rien de tout cela ni à Mayotte, ni aux Comores où une culture traditionnellement pacifique reste bien loin de ces velléités intégristes. Malgré tout, avec délicatesse et une subtilité surprenante, nos hôtes se sont arrangés pour que la tradition soit respectée sur ce point. Dès leur arrivée les femmes m'zungu se sont vues 'prises en charge' par les Mahoraises tandis que les hommes s'occupent des 'choses sérieuses' : le cadi du village s'est assis sur une chaise et a sorti un papier chiffonné de sa poche. Il décrit les modalités du mariage qu'il commence à énoncer : le futur marié a réuni la somme de quatre mille francs. La dote de la promise s?éleve à la somme de deux mille quatre cents francs, qu'elle recevra par tranche quotidienne de six cents francs. Il a quand même fini par s'interrompre pour demander à ce qu'on baisse le volume de la télévision qui hurle toujours à l'intérieur de la case. Il poursuit dans le relatif silence de ce dimanche matin. Les femmes qui assurent les préparatifs recevront la somme de six cents francs...

La semaine a été fébrile pour Hassan, Abdou et le «clan des Comoriens» du quartier Boubouni. Toute leur énergie, tout leur temps a été consacré aux «préparatifs» : réunir la dote, préparer les différents endroits où se déroulera la fête, contacter les femmes chargées des agapes, trouver les vêtements de fête : boubous, gilets, vestons... Ils se sont agités joyeusement et n'avaient que ça en tête. Oubliés les problèmes de papiers, les patrons qui les avaient embauchés et ne les payaient pas, profitant de leur situation de sans-papiers... L'art de préserver les instants de bonheur malgré un quotidien qui est tout sauf simple et facile...

 

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Quand le Cadi a fini de décortiquer la dote, tout le monde se dirige vers la case de la mère du marié. C'est avec des danses et des chants que les femmes rejoignent le lieu des festivités, les boîtes de lait en poudre utilisées comme percussion.

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Nous avons l'impression gênante d'être des hôtes de marque. A ce titre, on nous fait entrer cérémonieusement dans une pièce qui ne doit pas faire plus d'une dizaine de mètres carrés. Sans rien comprendre à ce qui se passse, nous nous entassons, regardant le reste du groupe s'installer autour de deux tables, debout. Il nous est de toutes façons impossible de trouver la place pour installer des sièges... Sur les tables sont disposées des assiettes en carton, ainsi qu'un petit sac plastique, comme ceux utilisés sur le marché ou dans les échoppes du quartier. Un oeil discret dans le sac : des pâtisseries, des bonbons... Pour faire passer tout ça, un boîte de coca-cola et un verre en plastique. Surprenant. Le cadi prend place devant la porte. Il recommence l'énumération des conditions du mariage. Youssouf nous traduit au fur et à mesure, ce qui me permet de comparer avec la traduction faite un peu plus tôt par Camarade. Quand il en arrive à la somme destinée aux femmes qui ont préparé le repas, des cris et des youyous passent à travers la  cloison : elles sont dans la pièce voisine et manifestent leur satisfaction.
Mais comment font-ils pour faire tenir autant de personnes dans de si petites pièces? Avant d'être totalement asphyxiés, nous sortons par la porte de derrière, notre poche plastique à la main. Un petit palier, quelques marches qui donnent sur une cour.

maries02.jpg (28748 bytes)Nous attendons là un moment. Les questions se lisent sur nos visages : "et maintenant, qu'est-ce qui se passe??" On finit par être fixés : on nous fait entrer dans la chambre des époux. Madame est assise sur le lit, derrière une moustiquaire. Elle est magnifiquement habillée et étrenne ses nouveaux bijoux. Mais son visage est fermé. Vraiment pas à l'aise. Quand on connaît la suite, on ne s'en étonne pas. Mais ce n'est pas encore le cas à ce moment-là et son attitude nous paraît vraiment étrange : en général, le mariage rend souriant... ou alors, il faut s'inquiéter.

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On nous assoie aussi confortablement que possible : une chaise ou deux et le lit... Un grand plateau posé à terre : le repas. On nous a même trouvé quelques assiettes et couverts. Notre qualité de m'zungu nous donne encore droit à un régime de faveur qui nous gêne de plus en plus... Cette sollicitude est émouvante, ce n'est évidemment pas ce que nous voulions, même si elle est avant tout l'expression de l'hospitalité de nos hôtes. Les mariés ont disparus depuis un bon moment. Nous attendons dans la ruelle qui longe la case pour descendre vers la rivière M'tsapéré. Le frère du jeune marié finit par répondre à nos interrogations silencieuses : les mariés sont dans leur chambre, en compagnie des mères des époux : ils doivent consommer le mariage et ainsi apporter la preuve que la mariée est vierge... et que l'époux est en mesure d'assurer la descendance. Subitement, nous comprenons le malaise de la mariée! Cette tradition anjouanaise n'a pas cours à Mayotte mais Madame est Anjouanaise. Les jeunes générations ont évidemment du mal à accepter cette coutume mais le respect des traditions est tel qu'ils continuent malgré tout à les respecter.

 

Les discussions vont bon train dans la ruelle. Il ne reste qu'une dizaine de personnes : les autres se sont regroupés devant la case. Un autoradio relié à un système d'amplification "maison" crachouille une musique saturée, les femmes se sont mises à danser.

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Une pensée compatissante pour le jeune couple qui doit "passer à l'acte", cerné par les fous-rires montant de la ruelle (qui passe juste sous leur fenêtre) et la musique qui s'égosille devant la case.
L'attente se fait longue : une heure, deux heures... Les commentaires vont bon train dans la ruelle, une bouéni évoquant d'autres méthodes pour parvenir à ses fins en cas d'incident mécanique de la part du marié. Elle déclenche une hilarité qui n'est pas faite pour aider Abdou qui doit entendre ces commentaires.
Un cri. Quelques minutes plus tard, on vient nous chercher. Nous entrons dans la chambre nuptiale pendant que le marié se rajuste, un sourire épanoui sur le visage. Il est rassuré. Une des mères nous met un plateau sous le nez : un tissu blanc avec quelques traces de sang : la mariée était bien vierge...

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