Le Chigoma, danse traditionnelle masculine
Le chigoma est cette danse traditionnelle effectuée
par les hommes durant les mariages et les jours de fête, mais "les
femmes peuvent aussi venir danser', souligne Abdallah Hamada, président
de l'association Chirati Djaz, basée à Moinatrindri, commune
de Bouéni. Les hommes revêtent leurs plus beaux habits tandis
que les dames s'habillent avec le salouva et le kishali (étoffes de
tissus colorées).
D’après l'Histoire, mais personne n'en est certain, le chigoma
serait une danse 'qui trouve ses origines à Zanzibar, et vient des
esclaves qui pratiquaient cette chorégraphie traditionnelle pour se
détendre, mais surtout pour se retrouver ensemble. C'est cet esprit
qui perdure, l'envie d'être avec ses proches pour partager un moment.
Un autre des principes du chigoma est l'aspect ouvert de cette pratique, car
"toutes les personnes qui veulent danser peuvent participer et s'intégrer
au groupé'. Les hommes s'alignent donc, et, aux sons des tambours,
chantent et synchronisent leurs mouvements pour donner un cordon humain ondulant
en rythme.

Les deux ou trois "tam-tam", comme les appels les danseurs qui accompagnent
la formation, sont préparés avant chaque "représentation".
Les deux peaux de chèvre, situées à chaque extrémité
d'un cylindre taillé dans le bois, sont retendues grâce à
un système de cordage, et s'il le faut, une pierre aide à finaliser
cette opération qui demande beaucoup d'énergie. Les musiciens
de Chirati Djaz utilisent quand à eux des n'goma (tambour) fabriqués
à M'tzamboro. Le joueur de "garando" (morceau de métal)
accompagne la cadence. Ce musicien utilise des baguettes qu'il fait vibrer
et résonner sur des bidons, casseroles ou jerricanes. "Tout est
question de rythme", expliquent-ils, c'est ce qui diffère cette
danse du m'godro, du chacacha, du maganja ou du byaya.
Il existe également plusieurs variantes du chigoma, qui sont effectuées
pendant les festivités "durant toute la nuit et parfois jusqu'au
petit matin". La danse qui clôt la fête du mariage, au moment
où les cadeaux et les bijoux sont présentés, se nomme
mlélézi ou m'chogora. Les hommes conduisent alors le mouvement
par le biais de la danse. Les chants ont aussi une grande importance dans
cette tradition. Les chanteurs et compositeurs prennent parfois d'anciennes
chansons, dont ils ne connaissent parfois pas précisément la
signification. Ils créent parallèlement de nouveaux textes,
pour délivrer un message d'actualité selon leur point de vue',
l'information peut tout aussi bien porter sur le sida. la polygamie ou les
tremblements de terre.
Ceux qui participent à la sauvegarde de cet art aimeraient redécouvrir
les racines de cette danse, "aller voir ce qui se fait à Madagascar,
aux Comores ou a, Zanzibar car nous avons entendu parier de groupes de chîgoma
là bas". En bref, cette danse peut évoluer, s'enrichir
de nouvelles chorégraphies et permettre de faire découvrir de
nouveaux horizons grâce aux textes qui racontent la vie. au quotidien,
des villageois.
LE CHIGOMA EST UN ART COMPLET
Le chigoma est
donc un art complet. "un moment de plaisir et de partagé', qui
permet de rassembler les populations tout en ayant un but ludique. Une tradition
qui se perpétue dans les villages de l'île de Mayotte grâce
à une demi-douzaine d'associations, qui sont sollicitées pour
les grandes occasions. Elles participent ainsi à la promotion de la
culture, "un point important', dixit Abdallah Hamada. Des groupes se
sont créés, ici et là, comme à la Réunion
ou à Paris, où les expatriés continuent de faire vivre
la danse traditionnelle.
Malgré cela, cette danse est "en disparition", et il faut
désormais enseigner aux futures générations ce qui est
une coutume ancienne. Par manque de moyens, des projets et des manifestations
ne sont parfois pas réalisés, comme des écoles pour enseigner
cette danse.
Même ceux qui luttent pour préserver le chigoma ne se sentent
pas soutenus, car souvent les mairies préfèrent aider les associations
sportives au détriment du culturel.
Marc Abonnat