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La maison une valeur symbolique (Traditions mahoraises)


 
 
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La maison une valeur symbolique

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L'habitat traditionnel à Mayotte : origines et histoire de l'architecture traditionnelle. Des techniques de constructions importées d'Afrique et de Madagascar. Matériaux de construction utilisés dans les constructions de maisons traditionnelles à Mayotte
 
La maison une valeur symbolique

La maison : une valeur symbolique

La mutation sociologique consécutive à l'évolution économique, juridique, sociale et culturelle récente de Mayotte a engendré une société duale tiraillée entre la tradition encore prégnante dans certaines familles et en milieu rural et le modernisme en cours d'installation dans les zones urbaines.
Ce qui n'a pas changé c'est la valeur symbolique accordée à la maison. Avoir une maison c'est être reconnu socialement. Pour une femme mahoraise il n'est pas exagéré de dire que la possession d'une maison est le premier pas vers le seul statut social que lui reconnaît la société traditionnelle et qui ne peut exister hors du manage : le statut de mère.
Car la tradition fait obligation aux parents de construire une maison pour chacune de leurs filles et souvent lorsque celles-ci sont encore dans l'enfance. Cette coutume locale est une résurgence des apports africains puisque dans la tradition islamico-arabe les parents doivent construire la maison de leur fils qui y amènera son épouse.

La maison : le pivot stable de la famille

Le premier logement d'un couple sera le plus souvent la maison qui appartient à la femme et dont il prend possession au moment des cérémonies rituelles du mariage traditionnel. La possession d'une maison est également une garantie pour la femme mahoraise, considérée comme un individu de second ordre, dans la prise des décisions familiales, d'avoir un toit ou loger ses enfants après une répudiation souvent arbitraire.
On a constaté au cours de ces dernières années et ceci du fait de l'entrée des femmes dans la vie active, un bouleversement profond dans la pérennité de coutumes bien établies Ainsi il est de plus en plus courant que les jeunes filles salariées entreprennent de construire elles-mêmes leur maison. Elles sont suivies en cela par les jeunes gens qui, indépendamment du fait que ceux qui en ont les moyens continuent à construire la future demeure de leur sœur (1), se saignent pour la construction d'une deuxième maison destinée à la location. Contexte économique oblige. Eux-mêmes, comme l'exige la tradition, continueront à loger au domicile de la femme. En cas de répudiation ils retourneront chez leur mère, ne serait-ce que pour y déposer leurs effets personnels et être assurés du couvert et du blanchissage, même s'ils n'y passent pas leurs nuits.
Conséquence: Vous ne trouverez aucune Mahoraise qui ne soit propriétaire de son logement ; la situation de locataire étant d'ailleurs considérée dans la société traditionnelle comme un état de déchéance qui ne peut être que provisoire, Cette maison, bien de la femme, constitue le pivot stable de la famille.

Typologie de l’habitat traditionnel

A Mayotte, la classification est très marquée entre les constructions "en dur" et les autres. Le dur est représenté de nos jours par le béton, le parpaing, la pierre, la tôle et la brique. Autrefois seule la pierre incarnait l'idéal, le haut de gamme, les matériaux d'accompagnement étant la chaux et même le corail incrusté dans la maçonnerie, qui entraient dans les techniques de construction pré coloniales. Les ruines de mosquées datant de l'époque shirazienne (Domwéli par exemple) et de très vieilles maisons d'habitation en témoignent. L'aspiration de la quasi-totalité de la population a toujours été de pouvoir assez épargner pour se construire une maison en pierres ou en doter les filles. Mais jusqu'au milieu des années 80, rares étaient ceux qui parvenaient à réaliser leur rêve. Les candidats à ce type de construction étaient d'ailleurs très influencés par une architecture de style arabe fort répandue à la Grande-Comore et dans l'île d'Anjouan
Mais en 1978, sur dix mille logements recensés à Mayotte, quatre-vingt-dix pour cent étaient constitues de cases construites avec des matériaux traditionnels d'une extrême fragilité selon les procédés traditionnels ne permettant pas d'obtenir une construction durable. Ces matériaux étaient d'origine végétale, certains d'entre eux pouvant aussi bien servir pour la couverture que pour les murs. La terre brute entrait également dans les composants de ces habitats traditionnels. Quant aux clôtures elles étaient réalisées à partir de deux techniques, l'une utilisant la feuille de cocotier et offrant une grande opacité ; la seconde étant constituée de lattes de bambous taillées en biseau, enfoncées dans le sol et reliées entre elles par des tiges transversales pour offrir une plus grande résistance.

Les cases en torchis

Sur l'échelle de valeur monétaire on pourrait schématiser et dire qu'elles sont intermédiaires entre les cases en raphia et les maisons en pierres. Mais alors comment expliquer le peu d'engouement qu'elles ont suscité? Car bien que d'une stabilité supérieure aux cases en raphia et surtout moins coûteuses que les modèles buru les cases en terre n’ont jamais eu la faveur des citadins sauf dans les zones où l'implantation anjouanaise était très forte (Labattoir Mamoudzou) ou dans les villages de concessions sucrières comme Combani, Kawéni, Dzoumogné, qui ont été crées à partir de ce modèle trotro (terre). C'est simplement qu'en dépit des bouleversements d'implantation et de population, survenus notamment avec l'arrivée des engagés d'Anjouan, de la Grande Comore et la du Mozambique, il n'en reste pas moins vrai que l'effet culturel malgache était bien réel. Les historiens rapportent qu'à l’arrivée des Français, en 1841, la cour du sultan Andriantsouli, soit environ 3000 Malgaches, vivait à Dzaoudzi "dans un enchevêtrement de paillotes rappelant les chefferies d’Ampanjaka malgaches". Ce détail, ajouté à d'autres recoupements possibles, permet d'établir une typologie des constructions dominantes dans l'île, jusque dans le premier quart du 20e siècle et d'affirmer que c'étaient les cases en mevanaty (falafa ou buru).

On ne doit surtout pas perdre de vue qu'à cette époque la séparation entre les descendants des trois classes nobles, hommes libres et esclaves était encore très vivace. Et ce sont les descendants d'esclaves venus d'Anjouan qui construisaient des cases en terre pour contrer la précarité des cases en feuilles de cocotier. On pense que ce sont les maisons en raphia qui ont pu constituer un frein à l'expansion des cases en terre. Il fallut attendre le cyclone de 1920, qui causa la destruction de nombreuses cases végétales, pour que se développe le modèle en terre. Sa mise en oeuvre ne requiert pas de technologie particulière puisqu'elle est construite à partir de la même structure en treillis déjà employée pour le m'tsevi avec le même principe de palis reliés horizontalement par des lattes de bambou clouées. Le remplissage se fait à l'aide de bourre d'argile latéritique rouge, de paille et d'eau malaxées par piétinements. Dans un autre modèle destiné à être crépi, la bourre de terre est remplacée par des cailloux sur lesquels on projette du ciment.

Les modèles pauvres

Il faut encore citer dans les constructions végétales deux autres. modèles :

  • la case en kupamba qui utilise aussi des folioles de raphia ou de cocotier, associées à des lattes de bambou. Mais elle est considérée comme un modèle pauvre et dévalorisant. M'zamboro, Poroani et Bandrélé en comptent encore quelques spécimens

  • la case en keti-keti (3) du mot malgache désignant l'arbuste dont on utilise les feuilles. Ce modèle a presque entièrement disparu. Ses parois sont constituées des nervures et des feuilles d'un genre de petit palmier enfilées sur des tiges transversales.

 

Avant l'inscription de la politique de la construction dans le développement économique de Mayotte seule une toute petite minorité de la population (évaluée à 4% en 1980) disposait de l'investissement monétaire nécessaire à la construction de maisons en pierres. Le niveau des revenus à Mayotte était sensiblement plus bas que dans les deux grandes îles des Comores où le développement avait été plus avancé. Souvent la seule construction en dur, dans un village, était la mosquée.

La maison en planches

Entre la maison en pierres et les cases végétales on voyait dans les grands villages des constructions en planches, dont certaines datant des années 20 et, beaucoup plus tard, à la fin des années 70 des maisons "double tôle".
Peut-être à tort la maison en planches est baptisée "type créole" alors qu'elle a deux origines possibles, la Réunion et l'île ex-française de Sainte Marie (4) Cinq maisons de ce genre tenaient encore sur leur base récemment, dont quatre en Petite Terre. Dzaoudzi, (Reflet des Iles Labattoir, M'ra M'nyombéni, (devenu Mouriombéni) à deux pas de Lagon Sud, Sandavangue, et la cinquième à Mamoudzou. Cette dernière est occupée par les descendants de son bâtisseur, originaire de la Réunion. Les deux autres maisons à Labattoir et Mouriombéni ont eu pour constructeurs des Sainte-Mariens d'origine. Pour construire celle de Sandavangue un Ecossais s'est inspiré de modèles réunionnais.
Après plus de soixante-dix ans de résistance aux intempéries de toutes sortes la demeure vient d'être abattue.


Case en bois de type "créole" en Petite Terre

La maison « double tôle »

Elle est fabriquée à partir de tôles ondulées, le mot "double" signifiant que celles-ci ont une double fonction : cloisons et couverture. C'est encore là un type de construction répandu dans le nord-ouest de Madagascar, et qui s'est développé au cours de ces vingt dernières années à Mayotte après Parnivée des rapatriés de Majunga. Son principal inconvénient - la chaleur qu'elle accumule et qui la fait qualifier à juste titre de four solaire. Le fait que ce type de construction comporte des fondations stables et parfois même une varangue sur la façade et sur l'arrière atteste de sa vocation à être une solution de transition avant la construction définitive (et peut-être lointaine) d'une maison en pierre ou en parpaing sur son emplacement. Dans ce cas les tôles sont tout simplement déclouées de leurs supports et récupérées pour d'autres usages.

La pierre un matériau noble

On a trouvé dans l'île des traces très anciennes de maçonnerie datant du 15e et même du 12e siècle. Ce sont, pour la plupart, des ruines de très vieilles mosquées. Car durant la période précoloniale, en effet, la maçonnerie servait uniquement à la construction des édifices religieux et des demeures aristocratiques. De l'époque coloniale il reste également les modèles dits "maisons comoriennes" adoptés pour les écoles, les logements de fonctionnaires ou les dispensaires, et construits en un bloc rectangulaire recouvert d'une toiture à unique pente et dont une demi-douzaine subsistent encore à Mamoudzou l'un étant le tribunal annexe de Mahabou.
Aujourd'hui les Mahorais considèrent le béton comme le matériau de construction de la plus haute valeur sociale et ils peuvent se l'offrir 1 mais avant le début des années 80, bien peu étaient ceux qui pouvaient y accéder.

Dévalorisation de l'habitat traditionnel

Les premiers projets de logements sociaux se sont appuyés sur la nécessité de sortir du précaire et de l'insalubre. En effet le niveau d'équipement des cases traditionnelles reflète une situation générale très pauvre et des conditions d'habitat bien en dessous des normes minimales de confort. Si jusqu'au milieu des années 1970 cet état de choses ne semblait susciter aucune réaction chez le Mahorais, un certain nombre de changements sont intervenus depuis.
Il y eut d'abord le rapatriement des Mahorais de Majunga dont l'influence s'est faite sentir dans les comportements. La première revendication qui se traduit par des essais d'amélioration souvent anarchiques, faute de moyens, est celle de la maison en "dur" apportant une sécurité physique et créant un patrimoine qu'on pourra transmettre mais aussi afficher pour gagner le respect. L'accroissement de la population métropolitaine, leur mode de vie ensuite ont été également déterminants dans l'aspiration profonde des autochtones à améliorer leur habitat.


Légendes :
attirée par le mirage des grandes agglomérations. Ici la rue du Commerce à Mamoudzou. (source : Images de Mayotte - C Schaub)

NOTES :
(3) Son équivalent mahorais est le murandra
(4) Elle faisait partie de l'entité dite "Les trois petites îles françaises " -comprenant aussi Nosy-Be et Mayotte.

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