Polygamie : le témoignage des hommes...
Polygame malgré lui
Coincé, honteux, pris au piège, Soufiane (prénom
d’emprunt), la trentaine, menant tambour battant sa jeune entreprise dans
le domaine des services, préfère cacher à ses connaissances
qu'il est polygame depuis un an. j'ai été, en quelque sorte, forcé",
dit-il, ajoutant qu'il a "fait une bêtise".
C'est aujourd'hui,
estime-t-il, il serait prêt à choisir une femme avec laquelle passer
sa vie. Trop tard: il est déjà marié deux fois. En 1995,
il épouse devant le cadi et à la mairie sa petite amie du moment
la première avec laquelle il ait eu une relation sérieuse. A contrecœur
: "Ses parents ont fait pression quand ils ont su qu'on était ensemble.
Elle me disait que si on ne se mariait pas, ils la jetteraient dehors. Je n'avais
pas d'argent mais elle m'a proposé de m'aider... Je n'ai pas pu dire
non. Le problème, c'est que beaucoup déjeunes de mon âge
n'ont pas eu la possibilité de rester un peu de temps ensemble avant
de se décider Alors, on se retrouve mariés et au bout de quelques
temps, on se rend compte que quelque chose ne va pas. " Père de
trois enfants, dont l'aîné est aujourd'hui âgé de
huit ans, Soufiane rencontre quelques années plus tard une toute jeune
femme qui se remet difficilement d'un mariage précoce et d'un divorce
brutal, et qui, livrée à elle même, est en train de rater
sa scolarité au lycée. J'ai vu qu'elle avait du talent et j'ai
voulu l'aider à rattraper ses cours Et on est toujours amoureux... Cette
fois, c'était quelqu'un avec qui j’aurais aimé passer ma
vie Mais je ne pouvais pas laisser la mère de mes enfants. Moi-même,
mon père était polygame et ma mère l'a mis dehors. J’ai
trop souffert de son absence. " Soufiane finit par épouser la jeune
fille dont il est amoureux devant le cadi. 'Je l'aimais très fort, elle
partait pour huit mois de formation en métropole et je voulais vraiment
la soutenir Mais elle n'a pas tenu le coup et elle est rentrée. Je me
suis rendu compte que j'avais fait une bêtise. Mais je ne peux pas revenir
en arrière. Je suis quelqu'un qui ne dit pas non, je ne sais pas refuser
les choses... Et voilà, je me suis retrouvé polygame. " Aujourd’hui,
Soufiane court dune maison, au Sud, à l’autre, au centre de l'île,
incapable de choisir entre l'une de ses épouses, et ne sait comment expliquer
la situation à ses enfants. 'Je leur dis que je vais travailler mais
l'autrefois mon deuxième, qui a cinq ans, m'a dit: 'Non, je sais ou tu
vas maintenant. " Il faut que je leur dise, mais j'ai peur de les choquer
"Angoissé, le jeune père de famille voit son autorité
lui échapper. "Comme je suis souvent absent, ils traînent
de plus en plus dehors. Et l'autrefois, j'ai fait un sondage avec les deux plus
grands Je leur ai demandé avec qui ils préféreraient rester
Ils ont répondu : « Avec maman. FFPI La maman, elle, ne digère
pas ce second mariage. 'Je lui ai expliqué que c'était bien pour
moi d'avoir une maison dans le Sud, que ça me rapproche de mon père,
qui vit tout seul, et que ça m'arrange pour mes projets professionnels
Mais elle ne veut pas comprendre ... ~ et c'est vrai qu'il ny a rien à
comprendre. "
La jeune épouse, qui fréquente encore le lycée, s'impatiente
elle aussi. 'Au début, elle a accepté que je sois polygame, mais
maintenant elle voudrait une situation normale, un mariage de droit commun.
Ce qui signifie que je laisse l'autre. "
Alors, Soufiane tempère, encaisse, culpabilise et partage son temps à
la minute près, se levant à 5 heures du matin lorsqu’il
dort chez sa seconde épouse pour emmener ses enfants à récole.
je ne sais pas comment faisait mon père, qui partait sans problème
pour trois semaines. Moi, à chacun de mes départs, je ne dis pas
: 'Je pars. " Je reste, et puis je fais un geste pour que la femme comprenne.
C'est très dur Au début, je me suis dit que j'allais trouver une
solution. Je suis parti trois semaines en vacances pour réfléchir
tranquillement
Mais je ne suis arrivé à rien. " De retour, dans l'avion,
Soufiane se torture: l'esprit: "Qui aller voir en premier? Avant départir
j'étais chez ma première femme... Je suis d'abord passé
chez elle voir mes enfants, puis j'ai dormi chez la seconde, puis je suis retourné
chez la première... " Un compromis, comme d'habitude, qui ne peut
satisfaire ni lune ni l'autre.
Jusqu’à quand Soufiane tiendra? 'Je ne peux pas choisir L'une ou
l'autre va forcément, à un moment donné, en avoir assez
et s'en aller je ne sais pas laquelle. Je préfère attendre que
l'une me quitte plutôt que d'en quitter une. Je me dis que quand la plus
jeune aura son diplôme, peut-être que ça ira mieux pour elle...
Je crois que le plus important, ce sont mes enfants
LiG.
17-09-2004
"Si on tient ses promesses, il n'y a pas de problème"
Madi
Hassani a eu tellement de femmes qu'il ne se souvient pas de toutes. Mais jamais
plus de deux à la fois : "Si j'en avais trois, je ne pourrais
pas subvenir à leurs besoins. Les hommes qui ont des femmes qu'ils ne
peuvent pas nourrir sont des égoïstes". Sa toute première
épouse lui a elle-même demandé de se remarier "On
n'avait pas d'enfants et elle pensait que ma famille allait dire qu'elle mangeait
mon argent pour rien. Mais c'est elle qui a élevé le premier enfant
que j'ai eu avec ma seconde épouse. Depuis, Madi a toujours été
bigame. Sa stratégie est simple: éviter à tous prix les
conflits conjugaux. Aujourd'hui, ses femmes logées à Bandrélé
et M'tsapéré viennent à tour de rôle vivre avec lui
dans sa maison, à Hamouro, et l'aider à cultiver ses champs. «
Je n'ai jamais voulu me disputer avec mes femmes. Si je me disputais avec l'une,
je partais chez l'autre. Et maintenant, si toutes les deux ont des troubles
avec moi, eh bien, je peux rester tout seul dans ma maison. En cas de conflit
majeur, il reste la solution du divorce. "Je préfère ça
plutôt qu’on se dispute, que je la frappe... ou qu'elle me frappe!
» Madi Hassani laisse alors les biens "achetés ensemble"
à son ancienne compagne et part en quête d'une nouvelle dulcinée.
"Je vais moi-même dans un village et je dis aux gens que je cherche
une femme. S'ils m'en présentent une qui porte des jupes et des pantalons,
je ne la prends pas. Sinon, je lui parle, je lui dis toutes mes qualités
et tous mes défauts, et si elle est est d’accord, je l'épouse.
» Madi ne se fie pas à la beauté extérieure : "Je
pense qu'une femme, c'est son mari qui doit la rendre belle. Je ne la choisis
pas pour sa beauté mais pour son caractère. De toutes façons,
je ne peux pas savoir avant de l'épouser si elle sera une bonne épouse.
Moinaindi, à Bandrélé, qui est liée à lui
depuis quinze ans, et la M'tsapéroise qu'il a épousée il
y a quatre ans, "une Anjouanaise" dont il ne se souvient pas du prénom,
devraient se partager encore longtemps l'amour du vieil homme. Un amour absolument
égalitaire, selon lui : "Je les aime toutes les deux pareil si elles
s'entendent bien toutes les deux. D'ailleurs, les deux femmes que j'ai en ce
moment discutent ensemble et ne se disputent jamais. Mais si il y en a une qui
veutfaire du mal à l'autre, là, j'aurai une préférence.
II Conformément à la tradition, chacune reçoit une part
égale d'argent et de nourriture. "Si j'ai un sac de riz, je ne l'enverrai
jamais ni chez l'une ni chez l'autre. J'attends d'en avoir deux pour en donner
un à chacune. " Cela suffit, assure Madi, à leur faire accepter
la polygamie : "les femmes sont attirées par l'argent. Si vous lui
en donnez, il n'y a pas de Problème. Mais il ne faut surtout pas leur
faire des promesses qu'on ne tient pas.
Li.G.
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