Le transport maritime à Mayotte
Le port de Mayotte comprend le port de commerce,
situé à Longoni au nord de Mayotte, ainsi que le port de Dzaoudzi
situé en Petite-Terre, qui accueille passagers, plaisanciers,
pétroliers et pêcheurs. À Mamoudzou, un ponton permet également
le mouillage de bateaux de plaisance et de tourisme. L’autorité
portuaire relève du Conseil général depuis 2004 et la Chambre de
Commerce et d’Industrie est le concessionnaire. Le transport
maritime est primordial à Mayotte puisque les marchandises sont
presque toutes importées par bateau. Or, le choix des grands
armateurs de ne plus desservir Mayotte directement mais après une
étape de transbordement à Port-Louis (Maurice) cause de nombreux
retards de bateaux, augmentant les délais d’approvisionnement de
l’île et nécessitant l’accroissement des stocks.
Le fret maritime
Le port de commerce a été construit en 1992. Le
choix de Longoni, situé au nord de la Grande-Terre, s’est imposé
en raison de sa bonne situation géographique, climatique et de son
tirant d’eau.
Le port de Longoni est composé d’un quai
principal de 130 mètres de long et 11,50 mètres de tirant d’eau,
pouvant accueillir des navires jusqu’à 215 m de long, et d’un
quai secondaire de 47 m de long.
Ne disposant pas de grues mobiles, seuls les navires
gréés (c’est-à-dire qui sont dotés de leur propre matériel de
manutention) peuvent y mouiller. En outre, les activités portuaires
sont pénalisées par des aires de stockage aujourd’hui
insuffisantes, obligeant les manutentionnaires à empiler les
conteneurs sur plusieurs niveaux.
Le fait qu’il n’y ait qu’un seul grand quai a
rapidement posé des problèmes d’engorgement. C’est pourquoi la
construction d’un autre quai est en cours depuis 2005, sa livraison
étant prévue pour le second semestre 2008. Il mesurera 223 m de
long pour un tirant d’eau de 14 m environ1. Son coût s’élève à
62 millions d’euros, financés par l’État et la Collectivité.
Une extension de l’aire de stockage et un terminal gazier sont
également en cours de construction, ainsi qu’un quai pour les
pétroliers (qui jusqu’à présent mouillent à Dzaoudzi). Par
contre, il n’est pas prévu d’installer de portique à court
terme (en raison de la faiblesse des volumes traités) mais
l’acquisition prochaine de grues mobiles permettra au port de ne
plus être tributaire des moyens de levage du bord des navires.
La plupart des navires desservant Mayotte suivent
les routes régulières des grands armateurs mais on compte également
des caboteurs malgaches ou comoriens ainsi que des navires plus
occasionnels comme les cimentiers.
Le groupe français CMA-CGM-Delmas et DAL (Deutsche
Afrika-Linien), représentés localement par l’agence AMS,
collaborent dans le cadre d’un Vessel Sharing Agreement pour la
ligne NEMO (New Europe Mascarene Oceania). Tous les sept jours, un
liner (gros porte-conteneurs d’une capacité de 1 500 conteneurs
Equivalent Vingt Pieds environ) assure une rotation entre l’Europe,
la côte est de l’Afrique et l’Océan indien (Colombo, La
Réunion, Maurice). À Maurice, étape de transbordement, des feeders
(petits porte-conteneurs d’une capacité de 250 à 300 EVP environ)
prennent le relais et desservent Longoni, Madagascar, les Comores
etc.… Jusqu’en mars 2007, les liaisons étaient directes jusqu’à
Mayotte, qui accueillait alors les liners. Mais, pour des motifs de
rentabilité, le VSA a privilégié une desserte de Longoni via une
étape de transbordement à Maurice, par feeders.
Une autre ligne de la CMA-CGM-Delmas desservait
Mayotte jusqu’au printemps 2007, la ligne Swahili, reliant
l’Afrique de l’Est, le Moyen-Orient, l’Inde et l’Océan
indien via les Comores et Mayotte pendant un temps.
Toujours pour des questions de rentabilité,
l’armateur a décidé de ne plus s’arrêter à Longoni, au profit
du port de Majunga (Madagascar). Pourtant, cette ligne semblait
porteuse car elle avait fait émerger de nouveaux imports en
provenance du Moyen Orient et de l’Afrique de l’Est, surtout en
période de Ramadan, où les Mahorais s’approvisionnent massivement
à Dubaï.
Le premier armateur mondial, Maersk, approvisionne
Mayotte tous les 15 jours par la ligne Indian Ocean Service qui
effectuait une rotation entre les Seychelles, La Réunion, Maurice,
Madagascar, Anjouan et Mayotte. Mais les arrêts à Longoni et à
Anjouan ont été suspendus au cours de l’été 2007. Des feeders
UAFL (United Africa Feeder Line, de la compagnie kenyane Spanfreight)
prennent désormais le relais à partir de Port-Louis.
Mediterranean Shipping Company (MSC), deuxième
armement mondial, dispose de deux lignes régulières passant par
Mayotte. Le MSC Longoni, feeder d’une capacité de 650 conteneurs
EVP, effectue une rotation entre Maurice, Mayotte et Madagascar tous
les 15 jours. Les marchandises ont des origines très diverses
(Europe, Asie) et sont transbordées à Port-Louis (avant fin 2002,
la desserte Métropole-Mayotte était directe). Une seconde ligne de
MSC effectue une rotation mensuelle entre Durban (Afrique du Sud),
Port-Louis, La Réunion,
Diego Suarez (Madagascar), Longoni et Majunga. Une
dernière compagnie, Heestership, passe par Mayotte environ une fois
tous les deux mois après les ports d’Antwerp, Toulon, Diego
Suarez, Majunga et Moroni (Comores).
Depuis la fin 2006, des retards sont à déplorer
dans les arrivées de bateaux. Pour des questions de rentabilité,
presque toutes les lignes desservant la Collectivité font désormais
une étape de transbordement à Port-Louis. Or, le port mauricien est
à la fois « victime » de son succès et de mauvaises conditions
climatiques (Port-Louis est en effet très exposé aux vents), qui
allongent les délais de déchargement et de chargement, engendrant
des encombrements de navires. Et les retards pris à Maurice se
répercutent sur les timings des feeders à destination de Mayotte.
L’acconage et la manutention sont assurés par la
Société Mahoraise d’Acconage, de Représentation et de Transit
(Smart), société familiale et historique de Mayotte. La Smart
représente également entre autres les armateurs Maersk et
Heestership. Elle emploie à ce jour un peu moins de cent dockers.
Leur cadence serait plutôt satisfaisante par rapport à la région,
même s’il faut compter trois à quatre jours pour le traitement
d’un navire. La manutention a longtemps été tarifée d’après
un arrêté préfectoral de 1991, mais les prix ont été libéralisés
depuis avril 2007. Les tarifs de la manutention à Mayotte se situent
dans la moyenne régionale. À l’inverse, les autres tarifs
portuaires (frais de pilotage, remorquage, redevances …etc.) sont
relativement élevés, notamment par rapport à Madagascar, Durban,
Maurice et La Réunion. À titre d’exemple, une étude montre qu’en
2004, le mouillage d’un feeder à Longoni est trois fois plus
coûteux qu’à Port-Louis.
Le tonnage manipulé au port de Mayotte a
constamment évolué, passant de 320 000 tonnes environ en 2000 à
près de 490 000 tonnes en 2006, selon la Direction du Port.
Toutefois, Mayotte reste loin derrière les autres DOM comme La
Réunion (4 millions de tonnes manipulées) ou les Antilles (plus de
3 millions de tonnes pour la Guadeloupe comme pour la Martinique).
L’activité principale est bien sûr l’importation (65 % du
tonnage en 2006), pour l’approvisionnement de l’île. Les
exportations maritimes sont presque marginales (moins de 10 % du
tonnage manipulé) et consistent essentiellement en renvoi de
conteneurs vides ou d’effets personnels.
Longoni accueille également des conteneurs en
transbordement, souvent des produits frigorifiques provenant de
Madagascar, en attente de navires à destination de l’Europe. En
2006, 65 % des marchandises traitées étaient conteneurisées. Les
marchandises en vrac sont essentiellement constituées de ciment, de
riz, de matières premières et de véhicules. Le trafic de
conteneurs augmente régulièrement, avec 35 000 conteneurs EVP
manipulés en 2006 (+ 18 % sur un an).
Si le fret maritime est une activité en pleine
expansion, en lien avec le développement économique de l’île et
la croissance de la consommation, les grands armateurs semblent
aujourd’hui favoriser un approvisionnement indirect. Conséquence
de tarifs portuaires plus élevés que la moyenne régionale,
d’infrastructures encore limitées ou d’un marché jugé encore
trop faible, la décision récente des armateurs de réorganiser les
lignes via une étape de transbordement à Port-Louis engendre des
retards d’approvisionnement à Mayotte, obligeant les importateurs
à revoir la gestion de leurs stocks. Pourtant, le port dispose
d’atouts indéniables (situation géographique, cadence des
manutentionnaires, dynamisme de la consommation…). Le nouveau quai,
opérationnel à compter de la fin 2008, a en partie vocation à
attirer les gros porte-conteneurs et ainsi à conduire les armateurs
à reconsidérer leurs choix.
Le transport de personnes
Le port de Dzaoudzi accueille des croisiéristes,
comme le MS Royal Star (150 à 200 passagers), qui parcourt une
partie de l’Océan indien et effectue en moyenne deux escales par
mois à Mayotte. Pour l’hiver 2007-2008, un navire de croisière de
plus grande taille (1 000 passagers), le Costa Marina, devrait
effectuer une escale régulière au port mahorais.
Mais le trafic maritime de passagers le plus
important est sans conteste la liaison Mayotte-Anjouan, effectuée
plusieurs fois par semaine par le Maria-Galanta. D’une capacité de
250 passagers, ce bateau qui relie Mayotte à l’île d’Anjouan en
trois heures est principalement utilisé pour reconduire les immigrés
clandestins comoriens à Anjouan. En 2006, ce sont près de 14.000
immigrés qui ont été reconduits à la frontière, la plupart
empruntant le Maria-Galanta. C’est pourquoi les deux tiers du total
des passagers enregistrés au port de Dzaoudzi (plus de 20.000 en
2006) sont des passagers en sortie. Un autre bateau, le Tatringa III,
est venu renforcer cette liaison en 2009.
Source : IEDOM
1 A
titre de comparaison, Port-Réunion totalise 510 mètres de quais
pour les portes-conteneurs avec 12 mètres de tirant d’eau et
Port-Louis dispose de 560 mètres de quais pour les portes-conteneurs
avec 14 mètres de tirant d’eau.
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